Mardi 15 juin 2010, Shrine Auditorium de Los Angeles, midi heure locale. Après un keynote Microsoft en demi-teinte, suivi de l'effervescence Nintendo et ses excitantes annonces, on s'attendait ici à l'apothéose, à un feu d'artifice final qui viendrait combler nos attentes, histoire de bien commencer les trois jours de salon à suivre.
Pendant près de 2 heures, la nouvelle vision du jeu vidéo de Sony Computer Entertainment s'est dessinée devant nos yeux déjà plus ou moins avertis par de nombreux indices distillés lors des précédentes semaines. Deux heures de calvaires durant lesquelles nos convictions se sont fait démolir dans les règles de l'art, pour aboutir au final à une conclusion des plus inquiétantes pour Sony. Car nous avons bien eu le droit hier, de mémoire, à la pire conférence pré-E3 de l'histoire de ce salon, tout constructeur confondu.
Et vous voulez savoir comment on aboutit à un tel désastre ? Alors accrochez-vous.
La 3D : la nouvelle vache à lait
Tout avait pourtant bien commencé. Jack Tretton (PDG de SCEA), suivi de Kaz Hirai (PDG du groupe), ont entamé les hostilités par un premier trailer de Killzone 3, alléchant techniquement parlant, et qui levait le voile sur ce qui sera la prochaine machine à sous de Sony pour les prochaines années : l'insertion à-tout-va de la 3D dans leurs prochains jeux vidéo.
Invités à poser sur leur pif les lunettes mises à leur disposition, les journalistes ont pu profiter de la première baffe technique de la conférence... et la dernière soi-dit en passant. Il faut dire que le groupe japonais a déjà mis les bouchées doubles depuis plusieurs mois pour intégrer la 3D dans leur nouvelle gamme TV Bravia, nouvelle terre sainte des services marketing du monde entier. Et Sony, qui a déjà mis à jour le firmware de la PS3 pour la rendre compatible avec cette technologie, compte bien en tirer un maximum de profits en vendant TV et consoles par paquet. Le discours qui suivait le trailer allait évidemment dans ce sens.
Killzone 3, par ailleurs daté pour février 2011, ne sera bien évidemment pas le seul à bénéficier de cette technologie de bourgeois (les télévisions étant aussi inaccessibles financièrement que les lunettes) puisqu'une vingtaine de jeux, notamment sur le PSN (d'anciens jeux seront bientôt (re)proposés en téléchargement, accompagnés d'une compatibilité 3D) mais aussi Gran Turismo 5 ou Motorstorm Apocalypse.
Déjà 15 à 20 bonnes minutes de discours sur le bien-fondé de l'insertion de la 3D pour le futur du jeu vidéo : l'entrée en matière est putôt excitante.
Le PlayStation Move : la seconde vache à lait
Autre dérivation de Sony : la nouvelle tendance casual gamer. On en avait déjà entraperçu les grandes lignes l'année précédente, en voici désormais la confirmation, détails à l'appui. Tout d'abord, des dates et quelques prix. Le godemichet préféré de Frostis arrivera en Europe le 15 septembre prochain au modeste prix de 99 $ (soit probablement autant d'euros) pour avoir le pack complet Move Controller + Camera Eye + Navigation Controller, accompagnés du jeu Sports Champions. A l'unité, ces trois accessoires seront vendus respectivement 49,99 $, 39,99 $, et 29,99 $. Un pack console + accessoires + jeu sera également mis en vente pour 399 $. A l'heure actuelle, Nintendo et ses actionnaires en pleurent encore de rire...
Pour bluffer son public, le géant nippon a sorti de sa botte la seule exclusivité non dévoilé avant la conférence : Sorcery. Un vent d'optimisme nous pousse alors à croire à un nouveau super concept, ludique et à un jeu éventuellement beau. Les premières secondes nous poussent presque au suicide. Entièrement jouable au PS Move, ce mélange d'Overlord et de Fable se démarque au premier abord par des graphismes sombres et moches, plus proche d'une réalisation PS2 que PS3, et par une animation des personnages assez catastrophique. Le potentiel ludique est peut-être là (à voir), mais nous n'avons aucunement en face de nous un titre capable de vous faire dépenser une centaine d'euros d'accessoires.
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Le reste de la parenthèse PlayStation Move se démarque par une quantité de petits trailers de jeux mineurs types Wii Sports tentant vainement de démontrer le fun procuré par le gode le plus célèbre de la planète. Bien évidemment, l'influence Nintendo est passée par là, et les vidéos ne cessent de se focaliser sur des familles jouant ensemble à Sports Champions, Start The Party! ou d'autres ersatz de ce genre.
Pour se donner une conscience, Sony daigne présenter un titre légèrement plus gamers avec Tiger Woods PGA Tour 11 qui bénéficiera, lors de la sortie du PS Move, d'une mise-à-jour pour le rendre compatible avec l'accessoire. D'ici à mars 2011, ce ne sont pas moins d'une quarantaine de jeux à venir (ou bénéficiant d'une mise-à-jour) qui auront droit à une compatibilité avec l'appareil. D'une longueur pesante, cette présentation aboutit à l'arrivée d'un comique (un certain Kevin Butler) venu vanter les plaisirs du jeu vidéo, lâchant de-ci de-là quelques vannes histoires de compenser le vide intersidéral de cette conférence.
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And the loser is...
La parenthèse casual définitivement fermée, les premiers trailers de jeux font leur apparition.
Le premier d'entre eux, God of War : Ghost of Sparta pour PSP, fait figure de nouveauté par rapport à la suite du programme, bien que présenté que par un très court teaser composé d'images de synthèse.
Peu d'informations donc, et l'on passe ensuite à LittleBigPlanet 2 pour PS3, qui vient nous démontrer toutes les possibilités de créations de niveaux. Incontestablement très complète, la partie conception permet désormais de mettre en place des jeux dans le jeu, comme des shoot'em up, des jeux de courses ou de plateformes. Par contre, aucune information concernant la partie principale du jeu (serait-elle devenue annexe?) : le mode solo. Car la plupart des joueurs sur Terre achètent en général leurs jeux pour y jouer, et non pas pour se prendre la gueule plusieurs heures à en créer un de toutes pièces. On attendra donc pour en découvrir un peu plus à ce sujet.
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Après nous avoir abreuvé de trailers déjà aperçus plusieurs jours plus tôt (Medal of Honor, Dead Space 2,...), tout en ayant annoncé quelques DLC en exclusivité pour ces titres, Sony s'achève lui-même en beauté en confirmant les récentes rumeurs : le PlayStation Network devient désormais payant. La realité est tout de même plus nuancée puisque le PlayStation Plus - c'est son nom - est un service supplémentaire, offrant des jeux gratuits en téléchargements, des DLC, des démos exclusives et des accès à des bétas en priorité. Le chat, le téléchargement de nombreuses démos et vidéo, ainsi que le jeu en ligne gratuit ne sont pas remis en cause, mais il y a fort à parier que les serveurs dédiés aux méchants joueurs ne payant pas seront toujours autant à chier. Pour les fortunés, sachez que le service sera disponible dès le mois prochain pour 49,99 $ l'année, et 18 $ le trimestre. Ravis ?
Sony arrive tout de même à se chopper quelques suprises sympathiques (bien qu'insuffisamment sexy) comme Portal 2 dont la fonctionnalité Steamworks sera exclusive PS3 pour les consoles (alors que le PDG de Valve Gabe Newell ralait encore récemment au sujet de la console), mais ne parvient jamais à surprendre, ni avec InFamous 2, ni Patapon 3 (avec deux secondes de jeu, il est difficile de se forger une opinion).
La présence d'un trailer trop court et composé uniquement d'images de synthèses pour FFXIV n'arrive évidemment pas à cacher le manque hallucinant de productions japonaises de l'événement.
A ce niveau de la conférence, dubitatifs et naïfs, nous attendions un MEGATON.
Voir The Last Guardian en mouvements par exemple ou une exclusivité produite au Japon comme les premiers instants de Final Fantasy vs XIII. Que nenni.
L'apothéose se nomme Twisted Metal, et a réussi à faire vomir Jay avec sa réalisation. On se contentera au final d'une date pour GT5 (le minimum syndical : le 2 novembre prochain aux Etats-Unis), avant de baisser le rideau sur cet affreux spectacle.
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Plus qu'une défaite
Au-delà du cruel manque de nouveautés et de killer-apps, plusieurs détails viennent ternir sérieusement l'image de la marque, jusqu'alors plutôt respectée par ses pairs.
Tout d'abord, Sony donnait indéniablement l'impression d'un constructeur abandonné par ses habituels alliés. Mis-à-part quelques obscures membres d'Electronic Arts, la conférence n'a mis en avant aucune grosse personnalité du monde du jeu vidéo. Pire, d'origine pourtant nippone, le géant de Tôkyô n'avait aucun développeur Japonais à ses côtés, et à peine moins de jeux venant de l'Archipel à présenter. Quelques secondes d'un Final Fantasy XIV déjà largement connu, un peu de Parasite Eve : The 3rd Birthday et une pincée de Patapon 3, et puis basta. Quand on repense à la profusion de titres présentés par Nintendo, difficile de ne pas ressentir quelques frissons.
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Vient ensuite le manque de soutien flagrant à sa console portable. La Terre entière attendait une réponse du constructeur aux très mauvais résultats de la PSP Go ? Sony répond par un God of War : Ghost of Sparta dont le développement est à peine démarré. Quid d'une PSP 2 pourtant tant attendue ? On espère maintenant qu'ils rectifieront le tir au prochain Tokyo Game Show !
Quant aux très longues présentations concernant l'arrivée de la 3D et du PlayStation Move, elles répondent bien évidemment aux attentes du marché. La 3D est bien sûr l'un des paris d'avenir de la firme dans son ensemble, tandis que l'autre ressemble bien évidemment à un aveu de défaite, alors que ce même constructeur s'amusait de la direction prise par Nintendo il y a quelques années.
Enfin, concernant les jeux en eux-mêmes, on ne se fait pas trop de soucis pour Sony, qui comptera encore et toujours sur une plâtrée de développeurs très actifs et dont on pourra découvrir les œuvres sur les différents stands durant l'E3.
Néanmoins, quand on connaît l'immense importance des conférences, influant énormément sur la presse comme sur la grande distribution, on ne peut s'empêcher d'avoir pitié pour ce (supposé) grand du jeu vidéo qui a été incapable de faire frémir son public durant 2 heures avant de l'achever avec sa plus grosse annonce : Twisted Metal. Prière de ne pas rire.