Enslaved reprend la seule chose qui a sauvé Heavenly Sword du naufrage : sa réalisation. Ninja Theory nous sert encore une fois une plastique impressionnante pour son petit nouveau. Les environnements sont extrêmement travaillés et conjuguent une flore sauvage et des vestiges de notre civilisation pour un résultat époustouflant. Certes, les jeux post-apocalyptiques ne manquent pas, mais Enslaved offre un mélange de plusieurs sensibilités artistiques pour un résultat qui sort des sentiers battus. Les personnages portent indéniablement la patte d'Enki Bilal (le visage de Monk), les décors féériques sortent tout droit d'un Miyazaki et le ton post-apocalyptique rappelle forcément le style des comics américains. Un melting-pot d'influences qui séduit, émerveille et finit par convaincre.
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A la manière du dernier Prince of Persia (le vrai), Enslaved construit son aventure sur deux personnages réunis par un concours de circonstances : Monkey (que le joueur contrôle), un héros solitaire et Trip, une frêle jeune femme (dirigée par l'IA) ; plutôt inutile au début mais progressivement indispensable car elle dispose de compétences en hacking. Et ce n'est pas un luxe dans un monde où les robots quadrillent chaque parcelle de terrain.
Ils devront dans tous les cas se prêter main forte mutuellement, chacun y allant de ses
capacités propres : Monkey l'acrobate se fraye un chemin à travers des plates-formes escarpées pour ouvrir la voie à Trip, lorsqu'il n'est pas occupé à froisser de la tôle agressive. En bref, un aspect collaboration qui commence à devenir systématique, inclus dans un jeu d'aventure typique avec un lot de systèmes habituels : combos, contres et esquives.
La puissance ainsi que les capacités du bâton magique peuvent être améliorées en récupérant des orbes sur les tas de ferraille. Ce qui n'est qu'un simple bout de bois deviendra un fusil à plasma et même un bazooka par la suite.
Des phases de puzzle viennent s'ajouter pour parfaire un tableau déjà-vu qui s'autorise quelques petites folies comme par exemple de courtes séquences en hoverboard (clin d'œil au « nuage magique »).
On nous a également promis qu'aucune facette du gameplay ne prime sur une autre : les combats, les puzzles et la plateforme composent, chacun, 30% du gameplay. Un équilibre bienvenu qui se heurte cependant à des phases de jeu trop scriptées : les envolées aériennes si spectaculaires de Monkey sont balisées, par de gros indicateurs rouges qui nuisent forcément à l'immersion.
Il est grand temps que ce défaut récurrent dans ce genre de productions soit définitivement supprimé. On aurait également aimé que le joueur puisse choisir la manière d'aborder les combats.
Aux dires du directeur créatif, il n'y a que certaines séquences qui proposent un mix entre plate-forme et combat (par exemple). Tout le reste sera donc encore une fois balisé et automatisé. Malgré ces réserves, Enslaved semble offrir un gameplay plaisant, à mille-lieux du « non-jeu » d'Heavenly Sword. Après cette mise en bouche, passons au cœur du jeu et à ce qui a le plus attisé notre curiosité : la relation entre les deux protagonistes et le background.
Enslaved est une énième adaptation de « Voyage en Occident », un monument littéraire chinois, maintes fois utilisé pour des films, des mangas, des jeux, des séries. L'adaptation la plus connue est indéniablement « Dragon Ball » d'Akira Toriyama.
A l'instar des aventures de Sangoku, Enslaved ne reprend que très partiellement le roman de Wu Cheng'en. Il s'agira donc d'une adaptation très libre, que nous pourrons juger sur pièce, une fois le jeu en mains. Pour l'instant, nous avons pu voir des clins d'œil et des similitudes au niveau des personnages et des situations, rien de plus.
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L'histoire en elle-même se déroule 200 ans dans le futur. La planète est en ruine et des robots errent ça et là à la recherche de survivants. Comment ? Pourquoi ? Nous ne le savons pas et Enslaved n'apportera pas de réponse claire. Ce choix délibéré de la part des développeurs (voir notre interview) permet de se concentrer pleinement sur la relation entre Monkey et Trip qui est le moteur de l'histoire. Capturés par des robots et en direction d'une destination inconnue, nos deux protagonistes s'évadent grâce à l'ingéniosité de la jeune femme. Pour assurer sa survie, Trip relie son rythme cardiaque à une puce installée dans la tête de l'homme singe. Pour faire simple : soit ils s'en sortent ensemble, soit ils meurent tous les deux. Forcément la vie en commun sera houleuse au départ et évoluera au fil du jeu. Espérons que Ninja Theory osera prendre des risques car, en l'état, nous avons déjà vu, entendu et lu cette histoire des dizaines de fois.
Le studio anglais compte sur la présence d'Alex Garland (28 jours plus tard, Sunshine) au script pour obtenir des dialogues bien écrits censés refléter la subtilité des sentiments des deux personnages. On ne demande qu'à les croire mais il s'avère dommage que l'ensemble des échanges restent cantonnés à des cinématiques (certes absolument magnifiques), là où Prince of Persia s'est risqué à proposer une expérience plus personnelle. Ainsi, Enslaved est dirigiste jusque dans son histoire.
Notons cependant que de nombreux « indices » jalonnent les décors du jeu. Le joueur croisera des affiches électorales souillées par un « MENTEUR» à la peinture blanche, mais aussi de la propagande « pro » ou « anti » robots. De quoi faire, peut-être, travailler l'imagination et reconstituer le puzzle du passé d'Enslaved.
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Ninja Theory semble avoir appris de ses erreurs et une chose est sûre : sa nouvelle production ne sera pas aussi bancale qu'Heavenly Sword. Cependant, le studio doit encore retravailler sa copie pour proposer une aventure à la hauteur de nos attentes surtout lorsqu'il s'attaque à un mythe tel que « Voyage en Occident ».
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