Nous sommes en 2001. Naughty Dog a désormais plus de 10 ans d'existence et appartient à Sony. Andy Gavin et Jason Rubin dirigent une grosse équipe située dans un studio à Santa Monica, en Californie.
Les deux comparses ont donc fait du chemin depuis leur garage perdu dans la banlieue de Boston jusqu'à la Côte Ouest des Etats-Unis. C'est également à cette période que Naughty Dog se dote d'un logo flambant neuf. Le changement est malgré tout brutal, car les Dogs doivent se séparer de leur licence fétiche et aller vers de nouveaux horizons.
La venue de la Playsation 2 est l'occasion rêvée pour cela et le développement d'un titre alors nommé Project X début en janvier 1999. Oui, au même moment où toute l'équipe de Naughty Dog s'acharne sur Crash Team Racing, seulement 2 programmeurs planchent sur les fondations du prochain titre. Finalement, le développement ne commence réellement qu'un an plus tard. Répondant au doux nom de Jak and Daxter : The Precursor Legacy, le premier jeu de Naughty Dog sur 128-bits est l'une des plus grandes réussites du studio et on vous explique pourquoi.
I- La série des Jak
a) Jak and Daxter : The Precursor Legacy
C'est tout d'abord le titre du jeu qui étonne : Jak AND Daxter. Là où Naughty Dog nous avaient habitué à un seul héros, voilà que deux protagonistes se partagent la tête d'affiche. Cependant Crash n'est jamais bien loin et le duo garde certaines de ses caractéristiques. Notons tout d'abord les déplacements de Jak et son attaque « tourbillonnante » qui sont bien évidement des clins d'œil au marsupial le plus connu de l'univers. Daxter n'est pas en reste et c'est même lui qui partage le plus gros lien de parenté avec la première licence des « Dogs ». Sa forme animale et son côté déjanté, l'apparente à un Crash doué de parole. Il n'est pas avare en commentaires acerbes sur la situation de notre héros, danse lorsque le joueur gagne une précieuse pile d'énergie et multiplie des mimiques empruntés à Tex Avery. Pas de doute, l'esprit de Crash est toujours présent. Voulant se détacher de leur œuvre initiale, les Dogs n'ont pas pu s'en séparer entièrement et cela se ressent jusque dans l'environnement.
Et quel environnement ! Le studio Californien se montre tout particulièrement prolifique sur ce point en créant un univers singulier grâce à un soin du détail devenu presque habituel. En atteste la transition des niveaux que le joueur remarque à peine. En effet, on bascule d'un monde à l'autre et la seule transition réside dans le changement d'ambiance sonore. Les temps de chargement sont ainsi relégués aux oubliettes pour une immersion encore jamais vue à l'époque : les lieux sont vivants, variés et fourmillent de détails.
Généreux, Jak and Daxter l'est aussi dans son gameplay.
S'il semble faire la part belle à l'exploration et à la contemplation, le jeu n'oublie cependant pas d'offrir une aventure riche et bien rythmée qui n'a rien à envier aux mastodontes du genre. Des phases de plateforme bien maitrisées ainsi que de nombreuses quêtes annexes viennent compléter ce tableau idyllique. Rarement le jeu-vidéo nous a offert une alchimie aussi parfaite entre exploration et plate-forme. La qualité de Jak and Daxter montre que les Dogs gagnent en maturité comme l'atteste le développement de son univers.

L'Eco noir (cette substance qui transforma Daxter en belette-loutre) n'est pas sans rappeler notre « or noir ». Ce n'est pas un hasard si cette matière est dès le départ qualifiée comme dangereuse et nocive. Jak and Daxter n'est certes pas le premier jeu à vocation écolo (FFVII en tête) mais son propos n'en demeure pas moins intéressant bien que distillé au compte-gouttes. Omniprésente, la nature est maîtresse de cet univers et même si l'environnement lorgne parfois vers le steampunk tout le côté technologique appartient à une ancienne civilisation aujourd'hui déifiée : les Precursors.
Vous l'aurez compris, l'univers se montre passionnant et là où les personnages de Crash Bandicoot étaient tous droits sortis d'un cartoon, Jak and Daxter se montre beaucoup plus scénarisé. On reconnait bien entendu la patte de Naughty Dog mais le design général est moins américain et lorgne quelque peu vers les mangas. Il n'est ainsi pas étonnant que Jason Rubin confesse avoir été inspiré par Joe Madureira (encore lui !) et son comic-book Battle Chaser lors de la création de ses protagonistes.
En voici quelques-uns :
• Samos le Sage : c'est la figure paternelle du jeu. En tant que Sage de l'Eco verte, il servira de guide à notre duo mais son look de vieux hippie lui vaut les railleries de Daxter.
• Keira Hagaï : c'est la mécano de la bande. Son œuvre ultime reste bien sûr le Zoomer Antigrav (LE gouffre à temps du jeu). Amoureuse de Jak, elle aussi subit constamment l'humour nauséabond de Daxter qui souhaite toujours se faire remarquer par cette belle jeune fille.

• Gol et Maia Acheron : les méchants de l'aventure. Autrefois grands sages, ces deux fous furieux ont étés pervertis par l'Eco noir et veulent désormais le déverser sur le monde en se servant de la technologie des Precursors.
Le jeu fourmille de personnages secondaires qui, pour ne pas changer, ont chacun un problème devant être résolu par le joueur. Jak and Daxter est ainsi bourré d'objectifs annexes poussant le joueur à explorer l'environnement plus en profondeur pour découvrir les mystères de l'île de la Brume. L'aventure est tellement variée et prenante qu'il est impossible de lâcher la manette avant d'avoir exploré chaque recoin de l'île. Jak and Daxter est le condensé de ce que Naughty Dog sait offrir de mieux. S'il est comparé à Zelda ou à Mario, ce titre offre néanmoins quelque chose de différent qui le place sans conteste parmi les meilleurs titres de la Playstation 2.
b) Jak 2 : Hors-la-loi
Disponible deux ans plus tard, Jak II : Hors la loi fait figure de messie. Après un volet
majestueux voilà que la suite arrive pour le meilleur...et surtout pour le pire. Entendons-nous bien : Jak II n'est pas un mauvais jeu. Il bénéficie d'une réalisation hors pair couplée à une animation détonante. Sur ce point, Naughty Dog maitrise toujours son sujet, et ça se voit. La ville dans laquelle évolue Jak est gigantesque et vivante, les mimiques de Daxter et des autres personnages font également partie de ce qui se fait de mieux sur la console. La déception intervient sur ce qui faisait la grande force de son prédécesseur : son univers. Le premier opus prenait place dans un monde enchanteur à la personnalité affirmée. En voulant faire autre chose, et reléguer une bonne fois pour toutes Crash aux oubliettes, Naughty Dog a créé un jeu trop générique.
Après avoir été victime d'expériences chimiques au contact de l'Eco noir pendant deux ans, Jak a changé. Il n'est plus l'être attachant qui participait à un duo parfait aux côtés En ayant perdu son innoncence, Jak devient paradoxalement un héros moins attachant et intéressantde Daxter. Désormais doué de parole, il n'a pour unique obsession que de se venger du Baron Praxis.
Le duo n'est donc plus aussi symbiotique et on perd tout ce qui faisait le charme du premier épisode.
Rockstar a fait un carton avec GTA et les ersatz ne tarderont pas à débouler, Jak II en fait partie presque malgré lui. Le joueur évolue dans une ville futuriste nommée Abriville où l'environnement sauvage a laissé place à des véhicules volants rappelant furieusement Star Wars. Ainsi, pour se déplacer, Jak peut déposséder les passants de leurs véhicules à la manière de Tony dans GTA : Vice City. En plus des coups hérités du premier épisode, Jak dispose maintenant d'une série d'arme à feu. Autre nouveauté, notre humanoïde peut désormais se transformer en « Dark Jak » et exploser tous les ennemis qui l'entourent. Le gameplay est ainsi beaucoup plus orienté action que précédemment ; pas un mal en soi, mais il est dommage d'avoir dénaturé un univers aussi dépaysant. Quelques phases de plateformes très réussies viennent cependant nous rappeler les meilleures heures des premières excursions de Jak.

S'il a tout du GTA-like, Jak II est néanmoins un bon jeu qui « fait le boulot » en laissant tout de même de nombreux fans sur le carreau. On sent que Naughty Dog avait envie de se détacher une bonne fois pour toute des premiers amours et passe par un univers futuriste pour y parvenir. Peut être pas la meilleure solution...
Le studio Californien n'oublie pourtant pas ses bonnes habitudes et salue au passage ses nombreux amis. Quelques clins d'œil à Ratchet and Clank d'Insomniac Games (des amis de longue date) sont par exemple distillés ça et là. Les gunfights, rapides et nerveux, rappellent également les aventures du lombax insomniaque. Et lorsque l'on connait la politique de partage de Naughty Dog (nous y reviendrons), le doute n'est plus permis.
Nous l'avons dit : Jak a changé. Le scénario se veut plus mature et plus présent mais n'élude pas les touches humoristiques chères à l'équipe. Affichant des protagonistes plus « humains », les dialogues qui parsèment l'aventure sont très nombreux.
C'est une première pour le studio.
• Baron Praxis : ce dirigeant despotique est responsable de la transformation de Jak et porte les stigmates de ses multiples combats contre les Metal Head. Corrompu jusqu'à l'os, il fera tout pour conserver sa place.
• Kor : c'est l'un des personnages qui confiera des missions à Jak pendant une partie de l'aventure. Membre de la Resistance, ses objectifs restent néanmoins obscurs.
• The Metal Heads : ce sont les principaux antagonistes de la série. Cette race violente est parvenue, il y a des milliers d'années, à décimer les Precusors. Aujourd'hui, ils tentent de détruire les derniers vestiges de cette civilisation. Leur physionomie mi-reptile mi-insectoïde leur permet d'utiliser toutes sortes d'armes destructrices.
• Torn : C'est après avoir été témoin des ambitions maléfiques du Baron qu'il a quitté l'unité pour créer un groupe de résistance. Il confie à Jak de nombreuses missions au sein d'Abriville.
• Ashelin : fille du Baron Praxis et membre des Krimson Guard, l'unité d'élite du Baron. Malgré son lien de parenté, elle se lie d'amitié avec Jak et ne partage pas les dérives tyranniques de son père.
Au final, Jak II : Hors la loi est réussi ; tant par sa plastique avantageuse que par son gameplay nerveux et bien rythmé. Cependant, les fans de la première heure ne pourront pas s'empêcher d'être déçus par le virage à 180 degrés entrepris par Naughty Dog. La bouffé d'air frais n'est plus d'actualité et Jak II se contente d'être un bon jeu là où Jak and Daxter était un grand jeu.
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